Par: Donan Audace

« Les deux cultures devraient forcément se rencontrer, avoir une jonction, pas une lutte culturelle. »

Alessandro Ferradini, cet amoureux de la cuisine est tombé sous le charme du Sénégal et de sa culture.
Italien d’origine, il a installé son restaurant « Le Colorado » au Point E où il satisfait les appétits les plus gourmets.
Dans cet entretien qu’il nous a accordé, Alessandro nous retrace son parcourt au pays de la Téranga.

Quelles sont vos premières expériences au Sénégal ?

J’ai vécu au Sénégal pendant deux ans sans y travailler. J’avais un peu d’économie et les petits boulots que je faisais quand je retournais en Italie m’ont beaucoup aidé. La chose qui m’a plu toute de suite, c’est le peuple sénégalais. Avant de venir ici, j’avais fréquenté la communauté sénégalaise de Milan. Et le bon présage que j’avais eu grâce à mes amis de Milan, a été confirmé quand je suis arrivé. C’est la fameuse Téranga sénégalaise en action.

Comment avez-vous décidé de vous lancer dans la restauration ?

La restauration, c’est mon métier, je la pratique depuis 1986. Je n’avais même pas 15 ans quand j’ai commencé à travailler comme apprenti pâtissier. Pour la petite histoire, du côté maternel, je suis de la quatrième génération d’une lignée de restaurateurs. Une fois au Sénégal, en 2004, il m’a été proposé de devenir le directeur de l’hôtel de Paris à Kaolack où je vivais déjà. C’est partir de là.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans ce processus d’installation au Sénégal ?

A un certain moment, j’ai eu un grand choc culturel. Dans une petite ville comme Kaolack, mes comportements d’Européen, qui étaient pour moi normaux, les dérangeaient. A un moment donné, j’ai voulu tout abandonner et retourner chez moi. Mais un conseil sage de ma femme m’a appris : « devant les difficultés on ne fuit pas, on essaie de les résoudre ». C’est ainsi que j’ai pensé que les deux cultures devraient forcément se rencontrer, avoir une jonction, pas une lutte culturelle.

Et dans votre affaire, votre restaurant, il n’y a pas de souci ?

La plus grande difficulté est la disponibilité des marchandises. On n’arrive pas à trouver ce dont on a besoin pour réussir de bons plats. Il y a aussi la qualité du personnel. Nos habitudes de travail ne sont pas similaires. Parfois ça bloque l’activité. C’est vrai que je suis le propriétaire mais il me faut une équipe derrière pour me soutenir et me suivre comme cela se doit.

Depuis votre arrivée au Sénégal, quelles sont les satisfactions que vous avez notées ?

J’ai pu être le directeur de deux établissements importants ici au Sénégal. Le premier c’était à Kaolack : l’Hôtel de Paris, le second à Toubacouta, le Keur Saloum, ce sont quand même de réceptifs importants. Et puis après, le fait d’avoir pu réaliser mon rêve. Ouvrir un restaurant de cuisine italienne. Quand je l’ai acheté, personne ne le connaissait à Dakar. Aujourd’hui nous avons un nom. Nous sommes parmi les meilleures pizzérias de Dakar. Et ça c’est une vrais satisfaction personnelle.

Parlez-nous de votre clientèle.

Ma clientèle est constituée à 90% par des expatriés. Des Italiens, des Français, des Allemands, des Anglophones, il y aussi la diaspora sénégalaise qui séjourne à Dakar. Mais, il y a aussi des locaux qui viennent ici. Pour cela, nous offrons à la communauté musulmane des plats façonnés à base de bœuf et de mouton. C’est de la vraie cuisine italienne adaptée aux ingrédients sénégalais.

Comment avez-vous gérer le temps de la covid 19 dans votre restaurant ?

Quand il a été question de fermer, nous avons investi sur la livraison. Nous avons expliqué le processus aux clients. Alors, ils nous lançaient des commandes et on les satisfaisait. Cela nous a permis de ne pas nous noyer. Nous avons après mis en place un dispositif sanitaire qui nous permet de travailler avec respect des règles d’hygiène et barrière pour annihiler la covid 19. Mais on continue de miser sur la livraison.

Quels conseils donnerez-vous à ceux qui désirent s’installer au Sénégal ?

Avant de s’installer, il faut séjourner quelques semaines même quelques mois et connaître les réalités et essayer de comprendre le rythme de vie.
Si c’est pour une activité, fais des études de marché et vérifier si l’investissement est bénéfique. Tenir aussi compte du climat. On dit souvent qu’il fait beau au Sénégal. Mais ce n’est pas toujours évident.